Valérie Dardenne, directrice de la communication de la MC 93 à Bobigny
Quelle est la particularité de la MC93 ?
La particularité de la MC93 est depuis 1985 d’être uniquement un lieu de création de spectacle vivant en lien avec l’international, avec une mission de développement de public. La MC93 est une scène nationale, son rayonnement de public est local, départemental, régional, national, international. Nos tutelles comme celles des maisons de la culture créées dans une dynamique de politique de décentralisation culturelle sont l’Etat par la DRAC Ile de France, le conseil général de la Seine-Saint-Denis et la ville. Pourriez-vous nous parler du poste que vous occupez à la MC93 ? Je suis directrice de communication. Je travaille à la MC93 depuis 1991. Recrutée pour effectuer une étude de public (CDD de six mois), j’ai été ensuite embauchée comme responsable relations publiques. Les fidélisations et prospections de publics sont essentielles. A la MC93, tout le travail se construit à partir de l’artistique, nous préférons proposer une offre et non pas répondre à la demande. Pour moi, une mission de service public dans un théâtre est avant tout cela. Cela implique une certaine exigence dans la programmation. La plupart des spectacles sont des créations de metteurs en scène choisis par Patrick Sommier qui leur fait confiance. Le metteur en scène crée et répète le spectacle ici. Il y a un vrai travail d’accompagnement avec les artistes qui se crée d’années en années comme avec par exemple Patrick Pineau qui met en scène les Trois sœurs de Tchekhov au mois de janvier. La direction de la communication a donc pour but de développer les stratégies d’un lieu en fonction de sa programmation et du projet artistique. Il s’agit d’inventer des outils, des types de support. Toute la communication de la MC 93 est basée sur l’artistique.
Quel est le projet artistique de la MC 93 ?
Patrick Sommier choisit des metteurs en scène français et étrangers qui ont la même interrogation que lui, sur la place du théâtre dans la société. Il a des fidélités artistiques. Une des caractéristiques de son projet artistique est aussi de faire entendre la littérature au théâtre. Des textes de littérature sont montés. C’est pourquoi les brochures sont sous forme de livres et les tracts sous forme de livrets. Tout s’inscrit dans cette dynamique là.
Et les visuels ?
Les visuels choisis ont tous un lien secret avec ce qu’on a envie de raconter d’une saison. Ce ne sont quasiment jamais des photos de spectacle. Les choix iconographiques sont toujours des métaphores par rapport à la situation dans laquelle on est. La photographie est un art qui est très empreint du monde d’aujourd’hui et que j’aime beaucoup. C’est un vrai choix de ligne graphique. Mon travail consiste à proposer et mettre en place ce type de stratégies.
Comment se compose votre équipe ?
Nous sommes une dizaine, l’équipe couvre la presse, les relations publiques, l’accueil, l’internet, le protocole. C’est une équipe de permanents. Parfois on accueille des personnes en contrats d’apprentis ou des stagiaires. La maison est un lieu de formation assez prisé. Je suis très sensible à tout ce qui concerne les jeunes et le développement de publics .
Quel est votre public ?
On a très peu d’abonnés. La programmation est faite de telle sorte que les spectacles se suivent mais ne se ressemblent pas. Le public est différent à chaque spectacle.
La variété des publics ne rend-elle pas plus difficile le travail de communication ?
Pas du tout. Nous sommes toujours sur une proposition d’offre et j’insiste beaucoup là-dessus. Tout le monde a droit au beau et à l’art. On n’adapte pas notre communication en fonction de notre interlocuteur. Pour moi, cela fait partie du respect des gens. Les textes de présentation sont les mêmes pour tous. J’ai beaucoup travaillé avec les scolaires dans la région. La vraie difficulté est de savoir comment procéder pour les faire revenir. Il faut savoir redonner les codes. Car partout les codes se perdent un peu. Je suis par exemple très surprise de voir que les étudiants ne connaissent pas leur service culturel à la fac.
Que pensez-vous de la démocratisation culturelle dans un lieu comme la MC 93 ?
Nous organisons beaucoup de rencontres avec les jeunes en amont et aussi avec les spectateurs. En même temps je ne connais pas très bien la signification de la « démocratisation culturelle ». J’ai aujourd’hui 46 ans, je travaille dans le théâtre depuis 20 ans et je trouve que la démocratisation culturelle est un échec. Mais on continue à la faire. Je continuerai à communiquer avant tout sur les spectacles et non sur les actions. Mais ce qui intéresse un théâtre c’est de communiquer autour d’un spectacle en allant dans les classes et en leur expliquant que le théâtre n’est pas une tour d’ivoire. La démocratisation culturelle est un terme à la mode. La vraie démocratisation consiste selon moi à savoir comment donner l’information à ceux qui ne l’ont pas, à rétablir tous les ateliers, à penser une véritable formation artistique dans les écoles et à partir du plus jeune âge. C’est un très beau sujet mais qui existe déjà depuis très longtemps. Quand on communique sur l’artistique, on a un public beaucoup plus large.
Quelle a été votre formation ?
J’ai suivi l’amour du théâtre comme formation. J’ai découvert le théâtre par des profs. J’ai été comédienne pendant le lycée. De formation d’assistante de service social, j’ai travaillé en secteur puis en psychiatrie tout en continuant à aller au théâtre et en jouant. J’ai également un DEA de sociologie. J’ai commencé par des stages : au théâtre des Amandiers où j’ai réalisé une étude sur le public. J’ai enchaîné ensuite au théâtre national de la Colline toujours avec une enquête de public. J’ai ensuite postulé à la MC93. J’ai toujours fréquenté cette maison d’art qui a selon moi une programmation d’excellence sans être dans le compromis, ce qui est très difficile.
Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux étudiants du Master 2 de Conduite de projets culturels ?
Aller voir les spectacles. Faîtes-vous votre propre culture. Soyez curieux. Plus de portraits de professionnels... |
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