Net Art: Esthétique, Expériences, Perpectives

Lundi 3 janvier 2005



Annie Abrahams
www.bram.org
www.fraclr.org/users/abrahams/perl/jesuisunoeuvredart.pl

Christophe Bruno
www.iterature.com
www.unbehagen.com
www.christophebruno.com

Timothée Rolin
www.adamproject.net
www.criticalsecret.com
www.synesthesie.com
www.spill.net



Annie Abrahams est née aux Pays Bas, elle vit en France depuis 1987. Diplômée des Beaux Arts à Arnhem et d'un doctorat en biologie, elle travaille sur des expositions et des installations sur le thème du chaos et de la vérité en peinture, autrement dit de la peinture de la complexité.

Depuis 1999, elle entreprend sur le net un projet intitulé « Being human » qui explore les possibilités de communication entre un site et le visiteur visuel. Internet offre la possibilité que le travail réalisé et visionné par le visiteur soit à chaque fois différent. En quelque sorte le travail n'est jamais fini. De plus, la rencontre avec le travail via Internet est situé en dehors de tout contexte de l'art car la personne est seule chez elle. Mais, en définitive, c'est la rencontre qui actualise l'œuvre, qui fait une œuvre spécifique. Il semble que le travail de l'artiste joue sur la relation entre la personne et l'ordinateur qui est appréhendée dans une relation émotionnelle. Il se déroule comme une chorégraphie à distance par le développement d'une gestuelle dans une réciprocité déclenchée par l'ordinateur en même temps que le visiteur.

La parole a ensuite été donnée à Christophe Bruno , net artiste et enseignant parisien récompensé au Prix Ars Electronica en 2003 pour sa pièce « le google adwords happening ».

Cet happening, et c'est bien de cela qu'il s'agit puisque cette oeuvre fut éphémère, interrogeait l'ambivalence de l'internet, à la fois né d'une initiative pour la libre communication et qui aujourd'hui met des mots et des espaces en vente. C'est effectivement ce que fait Google depuis la création de son système « adwords » : lorsque un internaute effectue une recherche sur ce moteur de recherches, une liste de liens commerciaux s'affiche à droite de la page en fonction du mot clef qu'il aura entré. C'est grâce au système adwords que ces sociétés ont pu acheter ce mot clef pour obtenir une publicité « pertinente ». Cela a donné l'idée à Christophe Bruno, qui, à contre pied d'une question que peuvent se poser tous les netartistes : comment gagner de l'argent avec leurs oeuvres, s'est plutôt demandé comment dépenser de l'argent avec son art. Il lança alors une campagne de « publicité poétique » en payant différents mots-clés ('symptom', 'dream', 'mary', 'money'...) grâce au système adwords. Au bout d'un certain temps, Google lui envoya un premier mail pour indiquer que les mots clefs ne correspondaient pas au site annoncé. Un second lui parvint ensuite pour lui proposer de réécrire ses annonces jugées peu compétitives. Ignorant ces injonctions, son compte fut alors coupé. Christophe Bruno évoque une sorte de censure liée au taux de clics. Il écrit alors « Le prix des mots : vers un capitalisme sémantique généralisé » dénonçant cette expression d'un capitalisme sémantique, où les mots ont un prix (ex: sex = 3800$ et netart = 5$) et où le discours est taylorisé dans un objet global au sein duquel toute expérience de la vie des hommes devient transaction marchande. Pour conclure sur cette oeuvre, Christophe Bruno la définit comme du « Google art » ou comment détourner les moteurs de recherche à des fins artistiques.
En fin d'intervention, il lui reste quelques minutes pour nous parler d'autres oeuvres tel le WIFI SM, qui parodie les codes de mise en page des publicités pour vendre un patch électronique. Celui-ci permet aux blasés de l'information qui ne ressentent plus rien lorsqu'ils apprennent une catastrophe ou un désastre de ce monde, de ressentir une douleur variable et de redevenir les êtres humains sensibles qu'ils étaient auparavant.

Notre dernier intervenant, Timothée Rolin , est diplomé de l'Ensad (Ecole Nationale Supérieure des Arts décoratif), web designer et directeur technique de l'agence Spill (agence de communication spécialisée dans la création de sites Internet haut de gamme : Fondation Cartier, Colette...).

Depuis tout petit, sa passion est de raconter des histoires, d'abord en bd, puis en 3D, peinture... Et c'est ce qu'il a voulu continuer à faire sur internet en décidant d'archiver au sein d'une banque de donnée l'intimité quotidienne d'une amie à l'aide d'un appareil photo numérique . Mais c'est finalement son propre quotidien qu'il s'est retrouvé à capturer et à archiver, s'imposant un certain nombre de contraintes (autoportrait et une vue de sa fenêtre tous les matins, les gens vus le soir... ) et prenant soin de rentrer un nombre pertinent de mots clefs sur chaque photo pour qu'une recherche ultérieure dans la base de données donne des résultats satisfaisants. Il appelle ce projet qui place sa vie en images au coeur de son oeuvre « Alan project » et le met ensuite sous licence « Art libre » (copyleft) pour permettre aux internautes, à condition qu'ils respectent les règles que l'artiste s'impose lui même, de participer à l'accroissement de la banque de donnée et donc de l'oeuvre.


Cécile Lemercier & Clément Coudray