Aujourd’hui vous êtes co-directrice du Master, quelles sont vos responsabilités et vos missions ?
Comme je vais passer la main d’ici un an, j’ai décidé d’associer Gabriel Segré à la direction du Master. Mes missions relèvent à la fois du microscopique et du macroscopique. Il faut à la fois relever ses manches et ne pas rechigner à faire des tâches internes (comme le courrier…) et puis se tenir au courant des autres formations, du marché du travail, faire évoluer le master, le faire vivre…Maintenant que votre master est spécialisé dans les enquêtes de publics, mon rôle est de promouvoir cette formation auprès des institutions culturelles…D’ailleurs, l’année prochaine, nous avons passé un accord avec le musée du Quai Branly, ce qui est le fruit de nombreuses négociations. Notre formation bénéficie d’une très bonne réputation, au sein de l’université et des professionnels de la culture, qu’il faut maintenir.
En quoi notre master est-il spécifique ? En quoi se distingue-t-il des autres formations dédiées aux métiers de la culture ?
Parce qu’on s’est refusé dès le départ à faire de vous des managers de la culture. Ce sont les enquêtes de publics qui assurent la spécificité du master…et puis je pense que vous avez une sensibilité sociologique aux questions culturelles. Cela permet de poser les problèmes de manière différente : ne pas isoler l’institution culturelle de son environnement social, identifier son impact local, appréhender les caractéristiques de ses visiteurs ou spectateurs, leurs logiques d’actions, leurs représentations….
Justement, qu’apporte, selon vous, la sociologie au champ de la culture ?
La culture a été depuis très longtemps un thème privilégié par la sociologie…alors, bien sûr, il faut s’entendre sur la définition de la culture. Dans notre master, nous concevons la notion de culture comme la production de biens culturels et non comme les rites, coutumes, civilisations. Nous nous attachons à décrire et analyser les contenus, les fabricants et les consommateurs de ces biens. La sociologie se plaçant toujours de côté du faible et de l’opprimé, a aussi une posture militante : ouvrir la culture à ceux qui en sont privés et non servir la soupe à ceux qui ont en les moyens. Donc une vocation militante mais également pédagogique en mobilisant des outils méthodologiques spécifiques pour analyser les pratiques culturelles.
Quel avenir pour ce master ? De quelle manière souhaiteriez-vous le faire évoluer ?
Le master a déjà beaucoup évolué avec l’arrivée de Sophie Krikorian et la mise en ligne du site Internet de la formation. Cette année, nous avons renforcé ces enseignements en vous initiant à l’édition et à la programmation web. Dans l’avenir, nous voudrions faire évoluer le master vers l’international mais cela est assez difficile. Cette année, nous avons quand même réussi à ouvrir le master vers l’international en accueillant des étudiants étrangers par des sélections anticipées. Il était question de coupler notre diplôme avec une université à Barcelone mais ce projet est tombé à l’eau…je ne désespère pas et travaille dans ce sens.
Une dernière question en direction des futurs étudiants du master…sur quels critères vous basez-vous pour recruter chaque année des étudiants ?
Je pense que le principal, est d’avoir effectué des stages. Une formation en sociologie est souhaitable pas indispensable car comme vous le constatez, vous avez tous des parcours différents (histoire de l’art, lettres, cinéma, droit, médiation culturelle…). L’essentiel est de montrer que l’on a un intérêt soi-même pour un domaine de la culture et que l’on a déjà eu une activité, quelle qu’elle soit (associative, bénévole, salariée…), dans ce domaine. Au-delà du diplôme, c’est la motivation et l’envie qui importent ; sans toutefois négliger les études car lorsque dans la phase de recrutement, le jury hésite entre deux dossiers, ce qui fait la différence, c’est avant tout la note obtenue en maîtrise ou Master 1.
Anaïse Bottois et Estelle Guichard