Gilles Duval, service "recherche et sensibilisation des publics" à la Mairie de Nanterre



Pouvez- vous nous parler de votre parcours?

Après avoir passé un bac C, qui correspond au bac S aujourd’hui, j’ai voulu tout jeune trouver un emploi pour gagner ma vie. A ce moment là, il y avait un grand recrutement dans les bibliothèques, notamment la bibliothèque Pierre et Marie Curie de Nanterre. Je n’ai fait qu’une seule lettre et j’ai été embauché ! Je suis donc arrivé au service culturel, puisque les médiathèques font partie du service culturel, complètement par hasard, sans aucune vocation. Un an après, on m’a sollicité au niveau du syndicat de la Mairie de Nanterre, pour en prendre la responsabilité. Ça a été très formateur, j’ai eu la chance de bénéficier d’une vraie volonté politique de responsabiliser la jeunesse, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui. J’ai réintégré le monde des bibliothèques en 1983, d’abord dans l’espace musical de la Bibliothèque Pierre et Marie Curie, puis au sein de la médiathèque de la Maison de la Musique, où j’ai eu l’occasion de faire un vrai travail de catalogage et d’enrichissement du fonds musical.

Parallèlement, j’ai toujours aimé et travaillé la musique, au départ plutôt en autodidacte, puis avec un professeur de violon. J’appartenais à un groupe de musique traditionnelle irlandaise. En 1996, je suis parti vivre deux ans en Irlande, vers les falaises de Moher, uniquement pour faire de la musique. En rentrant en France, j’ai passé le concours d’attaché territorial, ce qui m’a permis de postuler pour mon poste actuel, au service « Recherche et sensibilisation des publics ».



En quoi consiste votre poste au service « Recherche et sensibilisation des publics » ?

Ce qui m’intéressait dans ce profil de poste, c’est qu’il n’était pas limité à de la médiation culturelle. Pour moi, la médiation culturelle ne sert qu’une programmation, qui est décidée à l’avance par un directeur artistique ; et notre rôle exclusif, donc limité, est de la soutenir. Le pôle « Recherche et sensibilisation des publics » comporte trois axes principaux.
Un premier axe est le soutien à la programmation de la Maison de la Musique, c'est-à-dire des actions de sensibilisation en amont : des stages, des ateliers, des rencontres entre artiste et public, des interventions dans les milieux scolaires, des partenariats avec des centres sociaux, des associations…
Le deuxième volet de nos actions est le développement culturel en quartier, c'est-à-dire initier des actions nouvelles, en terme de développement culturel, en direction de publics qu’on ne voit à la Maison de la Musique. Dès mon arrivée, nous avons porté un projet de création d’un pôle « musique et danse traditionnelles vivantes » qui s’est concrétisé par la mise en place d’un atelier amateur de steel drums, dans le quartier du Petit Nanterre, avec un parc instrumental de 18 percussions mélodiques qui viennent de Trinidad. Depuis, le groupe a joué aux Solidays, à la Fête de l’Humanité, en première partie de Calypso Rose, dans le cadre du festival Villes et musiques du monde en Seine- Saint- Denis. L’idée est de permettre l’installation de pratiques d’excellence dans des quartiers, en faisant se rencontrer des amateurs et des musiciens de très haut niveau. Il s’agit en outre de promouvoir l’oralité pour l’acquisition de la musicalité, ce qui est particulièrement approprié avec les musiques traditionnelles. Enfin, ceci nous amène à repenser l’apprentissage tel qu’il est conçu dans les conservatoires, en valorisant des pratiques musicales collectives.Le dernier axe est l’accompagnement aux associations et aux artistes.

Vous considérez-vous comme quelqu’un d’« engagé », politiquement, culturellement ?

Oui, il y a une part de militantisme dans les métiers de la culture. Pour moi, la culture, ça rejoint la politique. Si on n’a pas une vraie volonté politique de montrer, par exemple, à des enfants issus de milieux défavorisés, qui sont en situation d’échec, qu’ils ont des choses en eux à découvrir et à révéler, au sens artistique et humain, ils restent en dehors d’eux-mêmes et de la société. Un des professeurs du collège où l’on a mis en place l’atelier de steel drums me disait ainsi à quel point il était surpris du changement dans le comportement de certains élèves après seulement trois mois d’atelier. On parle de progrès social et il existe. Il s’agit de s’armer, de ne pas avoir une image trop négative de soi, de montrer qu’on est capable…



Pour vous, travailler dans la culture, c’est aussi s’occuper du social ?

Si je parle beaucoup de cet aspect-là, ce n’est pas pour minimiser le reste, mais parce que l’on parle beaucoup du reste. Depuis Malraux, on polarise tous les efforts sur l’accès aux œuvres. C’est la logique de la démocratisation culturelle, dans un mouvement d’élargissement, de perfectionnement. Ça ne fait plus débat aujourd’hui car c’est intégré dans tous les objectifs publics. Par contre, on voit apparaître des limites à cette logique : on se rend compte, par exemple, que ce sont toujours les mêmes publics qui viennent à la Maison de la Musique. Selon moi, il y a un déficit au niveau de la « démocratie » culturelle. Quels sont les besoins d’une association qui monte un spectacle par exemple? Si nous ne sommes pas attentifs à l’existence des autres, la démocratisation culturelle ne fonctionnera pas. On ne peut pas ne pas parler d’une classe dominante, qui écarte des arts et de la culture les populations les plus défavorisées. Les classes dominantes ont pillé les arts et les traditions populaires.
 


Quels sont les enjeux de l’enquête commanditée par la Maison de la Musique de Nanterre auprès de notre master ?

Il y a dix ans, une étude a été faite à Nanterre qui a mis à jour que 40 % des nantériens ne fréquentaient jamais les équipements culturels. Suite à cela, une des priorités du secteur de « recherche et sensibilisation des publics » a été de faire en sorte que ces 40% puissent y accéder. Je suis personnellement convaincu de l’intérêt d’une enquête et j’ai intégré une étude dans mon projet professionnel qui argumente le bien-fondé d’une enquête dans un service culturel. Il s’agit de mettre à jour certaines des raisons qui expliquent pourquoi nous sommes parfois loin des pratiques des gens. Il y a aussi un problème de communication : comment communiquer mieux, et ensemble ? L’enquête me plaît car c’est une base sur laquelle on peut s’appuyer pour travailler, et construire une vraie politique culturelle.

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