Entretien avec M. Roland Celette, Attaché Culturel a l’Ambassade de France a Washington, D.C., USA
Quelle a été formation?
Oh vous savez moi je suis professeur agrégé, professeur de l'Education Nationale et j'ai enseigné à l'Université au Japon. C'est le Ministère des Affaires Etrangères qui m'a proposé ce poste, après avoir été en poste au Cambodge ou notamment j'avais créé des ateliers où des artistes internationaux venaient repérer de nouveaux jeunes artistes. Ceux-ci après recevaient une bourse pour aller étudier à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il y a un jeune dont je me rappelle qui a créé les fauteuils du Musée du Louvre.
Pouvez-vous me parler de votre métier d'Attache Culturel?
J'aime bien monter des projets et mettre les gens en relation. Des la 1ère semaine de ma prise de poste, j'ai cravaché tous azimuts pour faire connaître des artistes français sur une scène américaine et à commencer à constituer un public. La Maison française est au centre d'un réseau de rayonnement de la culture française, il fallait donc lui donner ce rôle en créant des projets artistiques et donner au public une image de qualité artistique. La culture française a absorbé la culture italienne, arabe, etc. La France est un pays réceptif. Ici, aux Etats-Unis, mon travail consiste à faire comprendre aux gens la culture française, faire comprendre la qualité, l'exigence et la richesse intellectuelle. La culture française est quelque chose de très humain, de très profond.
Est-ce de faire comprendre aussi l'exception culturelle française?
L'exception culturelle française est simplement le fait de protéger financièrement la culture en ne lui demandant pas d'être un secteur productif et en lui apportant tout un dispositif d'aides financières. Donc non pas vraiment, les Américains ne s'intéressent pas de manière générale à l’exception culturelle française. D'ailleurs, ils ne la comprennent pas très bien puisque eux fonctionnent différemment avec la culture.
Quel est le projet artistique de la Maison française (Centre Culturel au sein de l'Ambassade)?
On fait de tout, on n'est pas très spécialise.
Cette année vous avez surtout eu une programmation musicale, pourquoi pas le théâtre? Vous n'aimez pas?
Le théâtre c'est compliqué. Je n'ai jamais vu dans ma vie une pièce de théâtre qui m'ait plu. Et puis ce n'est pas comme la musique que je peux écouter sur des disques, il faut se déplacer pour allez voir les pièces ou lire les critiques. Sa programmation en est alors plus difficile. Il faudrait que j'ai quelqu'un qui me conseille... J'ai vu du théâtre dans les Alliances françaises qui ne m'ont pas plu. Je ne prendrai que des choses qui en valent la peine.
Mais le théâtre, c'est comme la musique baroque que vous programmez parfois c'est très difficile d'accès la première fois qu'on s'y frotte.
Oui, vous avez raison. Le goût doit se former. Et il est évident qu'il faut aider le public à se former un goût artistique, à apprécier les choses nouvelles. Les gens ne savent pas qu'ils sont capables d'aimer certains arts. Regarder la peinture... ou prenez votre pull par exemple, il est en laine, il y a des cotes tout cela prend forme, mais ce n'est pas la forme qui compte, c'est l'appréciation de l'abstraction, tout est abstraction. Les arbres dehors ont des feuilles mais ce qui est beau c'est leur mouvement, la lumière à travers, les ombres... Il faut être sensible a ça. C'est une question de perception de l'abstraction et pas seulement des formes concrètes. Et c'est ça l'émotion artistique : quand tout a coup quelque chose se passe.
Bon et votre public, qui n'est pas abstrait, qui est-il? La démocratisation culturelle, l'accès à l'art au plus grand nombre: est-ce que ce sont des missions qui font partie de vos objectifs dans un établissement culturel au coeur de l'Ambassade?
Oui, j'aime mélanger les couches sociales. J'aime que la condition sociale soit mise de côté.
J'ai pu m'apercevoir que le public est plutôt un public cultivé, déjà francophile, et particulièrement aisé.
C'est vrai qu'on pourrait être plus agressif sur ce point. Mais nous cherchons encore notre public et par exemple, nous cherchons un public varié à travers les enfants. Nous toucherons à travers eux les familles.
Prenez-vous des risques artistiques?
On ne peut pas se permettre de prendre des risques artistiques parce que nous ne sommes pas une grande et importante institution culturelle comme The Kennedy Center qui a 50 ans d'histoire, d'existence et une forte notoriété. Nous ne sommes pas si grand et notre public est encore faible et fragile. Le problème d'un Attaché Culturel est que c'est une personne nommée pour 4 ans et qui commence, comme moi, par exemple, avec très peu d'argent dans la fondation. (Ce budget a d'ailleurs été explosé, grâce à la vente des billets, puisqu'il est passé de 5,000 dollars en 2001 a 3 millions de dollars en 2007). Donc si on m'avait dit à l'avance que j'allais resté 8ans en poste, j'aurais inventé d'autres stratégies comme la mise en place de carte de crédit a 100 dollars pour aller écouter des concerts de jazz a l'année a la Maison française. C'est un métier qui n'a pas de continuité. On prend des risques financiers, par exemple, en embauchant la personne qui suivra la création d'un festival de théâtre européen pour enfants. On espère récupérer de l'argent sur cet évènement mais rien n'est sûr.
Vous ne donnerez jamais donc en représentation un objet artistique un peu provocant?
Non je ne suis pas une institution culturelle suffisamment importante pour que cela ait du sens.
La culture doit-elle suivre les attentes du public?
On programme certaines choses et... ça dépend à qui on s'adresse. Pour la musique baroque par exemple, je sais que j'aime bien y voir un public d'habitués dont l'oreille est formée. Mais les jeunes peuvent apprendre aussi. En un sens, je dirai toujours que le public doit avant tout prendre du plaisir mais ça ne veut pas dire laisser de côté la qualité. Il faut trouver le bon dosage.
C'est à dire? Vous proposez a la fois des programmes artistiques populaires et très pointus?
Oui, et puis quelque chose de populaire n'est pas forcément mauvais artistiquement. Et de toute façon si l'art est difficilement accessible mais de très grande qualité, il finit par passer auprès du public d'une manière ou d'une autre. Et puis si on veut faire évoluer les gens, cela ne peut se faire qu'avec de la qualité. Mais c'est vrai qu'il faut quand même que les gens s'y prêtent pour qu'on puisse leur inculquer le raffinement. J'entends par raffinement, la précision artistique... dans la danse, par exemple, où les danseurs vont jusqu'au bout de leurs mouvements parce que cela a du sens, rien n'est gratuit.
Votre rôle d'Attaché Culturel a t-il changé avec la mondialisation?
Non, vous savez avec la mondialisation, les cultures se partagent mais elles se perdent aussi. Le métier d'Attaché Culturel est et sera toujours un métier dans lequel il faut savoir mettre les bonnes personnes en contact. La mondialisation n'y change pas beaucoup. Mais avec la mondialisation, l'outil technique à mettre en place et à optimiser sont les systèmes de communication comme des meilleurs sites internet pour les artistes, des meilleures newsletters, des interfaces d'échanges comme facebook...
Disposez-vous d'une large marge de manœuvre par rapport au Ministère des Affaires Etrangères dont vous dépendez?
Oui complètement. La culture a l'étranger est l'affaire du MAE (bien que le Ministère de la Culture et de la Communication ait essayé de la reprendre au MAE). C'est plus l'affaire du MAE parce que la culture est une fenêtre sur le monde et joue un grand rôle dans la diplomatie. Quand, par exemple, on organise le Bal de l'Opéra a la Résidence de l'Ambassadeur, on fait plaisir au directeur de l'Opéra qui est bien accueilli et qui peut déposer d'un prestige auprès des grands donateurs et autres sponsors. Cela compte beaucoup pour l'image que ce directeur et que ses donateurs auront de la France. Et cela simplement parce qu'on a mis en relation des personnes et organise un évènement généreusement et dans de bonnes circonstances. L'entretien de bonnes relations entre les personnes est important pour l'image qui en ressortira. Cette action financière généreuse ne se fait pas a perte. Les retombées ne sont pas des bénéfices pécuniers directs mais ont tout aussi leur importance. Je dirai qu'au poste d'Attaché Culturel il faut mieux être un diplomate très cultivé qu'une personne de la culture pas diplomate du tout!
Comment peut-on vérifier cet impact de la culture dans les relations diplomatiques?Y a t-il des retombées économiques?
Oui! C'est bien sûr assez difficilement mesurable, mais par exemple The Kennedy Center avait fait un programme artistique qui mettait à l'honneur une des régions d'Italie. Et bien l'année d'après, cette région a connu un fort taux de touristes Américains!
Le financement privé de la culture est-il un outil de développement culturel ou économique?
Les deux! La culture est un secteur économique et c'est ça qui fait avancer les gens, qui les motive. Le financement privé de la culture est une source de revenus essentielle.
Quelle est selon vous la place de l'international dans les métiers de la culture?
Toute personne travaillant dans la culture devrait passer au moins une année ou deux à l'étranger. Les artistes ne savent pas se vendre à l'étranger. Ils ont de mauvais sites Internet, non traduits en anglais. Il y a donc une ouverture considérable pour les personnes travaillant dans le management culturel qui peuvent aider les artistes à diffuser leur art à l'étranger, les aider à s'implanter.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants du Master Pro de Conduite de projets culturels?
Etre curieux, ne pas hésiter à poser des questions aux gens. Multiplier les expériences. Pratiquer un art. Se former un goût. Interview menée par Marianne Bevand (ancienne étudiante promotion 2005/2006) le 27 mai 2008. Plus de portraits de professionnels... |
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