Entretien avec Lorraine Roux-Philibert, responsable du service des publics du musée d'art moderne de Saint-Etienne Métropole



Entretien avec Lorraine Roux-Philibert, responsable du service des publics du musée d'art moderne de Saint-Etienne Métropole
Quelle a été votre formation et votre parcours professionnel ?

J’ai suivi des études de droit et passé une maîtrise en droit, puis un D.E.A. d’Administration Publique. A la fin de mes études, j’ai postulé à Saint-Etienne métropole à la Direction des Affaires Culturelles. J’ai été embauchée pour préparer des contrats pour le montage de demandes de subventions, pour m’occuper des équipements structurants.

Je me suis occupée du musée d’Art Moderne, de l’église du site le Corbusier, du montage de dossiers pour la Cité du Design (en 2003). Dans le cadre de ce poste, j’ai été amenée à tisser beaucoup de liens avec le personnel du musée, notamment avec le service des publics.

Quand mon prédécesseur est parti, on m’a alors proposé de reprendre le poste et de diriger l’équipe de médiation. J‘entame dès lors le grand chantier de contractualisation des vacataires entre 2004 et 2005.

Un parcours professionnel en cohérence avec vos études juridiques ?

Oui, tout à fait. On m’a engagé pour donner un cadre à ce service. N’ayant pas de formation en art, je suis là pour organiser le service : un service composé de coordonnateurs ayant tous reçus une formation poussée en art, expérience que je n’ai pas.

Je suis donc là pour donner un cadre : avec quels ministères doit-on travailler, quels lycées, pour quels objectifs, etc. ? Ma fonction reste donc liée à la forme, au cadre, plus qu’au fond artistique proprement dit.

Comment votre travail se coordonne-t-il au sein de ce musée avec les autres services ?

Nous avons des réunions de coordination avec tous les chefs de services, moi-même étant chef de service des publics et de l’accueil. Nous sommes dans la discussion, libre mais directe. Certes, il faut une médiation, une démocratisation du public, mais dans le cadre du respect de l’oeuvre. Il y a un vrai dialogue à mettre en place avec la conservation.

Une sensibilité de votre part pour la culture a-t-elle particulièrement motivée votre orientation professionnelle?

C’est l’ouverture au public, liée à la culture, qui m’intéressait. C’est dans l’ouverture au public, le fait de parler au public, que je trouve le sens de mon parcours. J’aime le contact avec le public même si je ne suis pas une grande oratrice.

Par ailleurs, même au début, dans ma mission à la Direction des Affaires Culturelles, c’est le montage de projets qui m’a attiré.

Aujourd’hui encore, on me demande de monter, d’organiser, et surtout de créer ce service, avec des objectifs précis, et aussi des bilans.

Comment fonctionnait le service des publics avant vous ?

C’était un conservateur du musée qui avait beaucoup d’idées sur le service au public. Ce service fonctionnait avec, à la fois un responsable administratif et un conservateur, tous les deux, co-directeurs de ce service.

Aujourd’hui, il ne reste plus que le responsable. Le conservateur permettait auparavant une action directe du service des publics auprès des oeuvres. Aujourd’hui, à l’heure où le lien s’est un peu distendu entre les conservateurs et la relation « public », il faut mettre en place un véritable dialogue entre ces deux secteurs.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants du Master pour bien débuter leurs carrières?

Je me pose souvent une question lorsque je suis amenée à recruter : doit-on encore préférer, comme lors de nos recrutements antérieurs, un profil uniquement Beaux Art ou licence d’’art plastique ? Je pense que cela ne va pas de soit de nos jours. En effet Aujourd’hui et dans les années futures, la conduite de projets devra être une des principales qualités demandé au médiateur culturel. Il devra être capable de répondre à des questions telles que « Comment connaît-on son public ? » et « Comment cible-t-on ses actions ? ». Il faut vraiment désormais axer son champ de vision sur « Comment trouver des financements pour ses projets en ne perdant pas de vue le fond ? ».

Cependant, tout comme la capacité à conduire des projets, des connaissances en Histoire de l’art, sont donc aussi importantes pour bien comprendre les enjeux qui résident sur le fond. Il faut donc que les étudiants se préparant à entrer sur le marché du travail puissent valoriser un double profil. On manque au musée, de personnels formés en médiation culturelle, sensibles aux enjeux liés à la connaissance des publics.

Pourtant, c’est aussi à nous, institution culturelle, de mettre en place des formations continues pour ce personnel, notamment dans le domaine de la médiation culturelle, conduite de projets et connaissance des publics. Presque tous nos médiateurs ont plus de 15 ans d’ancienneté. S’ils ont une réelle connaissance du public, ils n’ont cependant pas connaissance de son évolution. Cette ancienneté du personnel reste une spécificité du musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne : dans ce métier, il existe un très fort turnover même si l’on tend désormais vers plus de contractualisation que de vacations, avec du personnel plus pérenne, permettant ainsi un investissement de l’institution dans des formations continues aussi bien en art qu’en médiation culturelle.


Entretien réalisé par Hélène Fau-Prudhomot et Teoman Bakoglu